“SĀDHANA PĀDA”

 

II. 1 Tapah-svādhyāya-īshvarapranidhānāni kriyā-yogah
Le yoga de l’action se pratique selon trois modalitiés inséparables: un effort soutenu, la conscience intérieure de soi et l’abandon au Seigneur.

II. 2 Samādhi-bhāvana-arthah klésha-tanū-karana-arthash cha
Ce Yoga de l’action a pour but d’atténuer les causes de souffrance et de permettre le Samādhi.

II.3 Avidyā-asmitā-rāaga-dvésha-abhinivéshāh kléshāh
Les causes de souffrance sont l’aveuglement, le sentiment de l’ego, le desir de prendre, le refus d’accepter, l’attachement à la vie.

II.4 Avidyā kshétram uttareshām prasupta-tanu-vichinna-udārānām
L’ignorance de la réalité est la source des autres causes de souffrance, qu’elles soient développées ou en sommeil.

II.5 Anitya-ashuchi-dukha-anātmasu nitya-shuchi-sukha-ātma khyātir avidyā
L’ignorance de la réalité, c’est prendre l’impermanent, l’impur, le malheur, ce qui n’est pas le Soi, pour le permanent, le pur, le bonheur, le Soi.

II.6 Drig-darshana-shaktyor éka-ātmatā iva asmitā
Le sentiment de l’ego vient du fait que l’on identifie le spectateur et le spectacle.

II.7 Sukha-anushayī rāgah
Le désir de prendre est lié à la mémoire du plaisir.

II.8 Dukhā-anushayī dvéshah
Le refus est lié à la peur de souffrir.

II.9 Svarasa-vāhī vidusho api tathā rūdho abhi-nivéshah
L’instinct de conservation, lié au sentiment que l’on a de son importance, est enraciné en nous, même chez l’érudit.

II.10 Té pratiprasava-héyāh sūkshmāh
Quand ces causes de souffrance sont légères, on peut les éliminer en les prenant à contre-courant.

II.11 Dhyāna-héyāas tad- vrittayah
Les perturbations mentales qu’elles entraînent peuvent être éliminées par la méditation.

II.12 Klésha-mūlah karma-āshayo drishta-adrishta-janma-védanīyah
Au cours de naissances successives, on expérimente la loi du Karma, qui trouve ses racines dans nos afflictions.

II.13 Sati-mūlé tad-vipāko jāty-āyur-bhogāh
Tant que la racine est là. Le développement des Kléshas se fait au cours de naissances, de vies et d’expériences différentes.

II.14 Té hlāda-paritāpa-phalāh punya-apunya-hétu-tvāt
Selon qu’elles sont justes ou non, ces expériences produisent la joie ou la souffrance.

II.15 Parināma-tāpa-samskāra-duhkhair guna-vritti-virodhāch cha duhkham éva sarvam vivékinah
Pour le sage, tout est douleur, parce que nous sommes soumis aux conflits nés de l’activité des Gunas et à la douleur inhérente au changement, au malaise existentiel, au conditionnement du passé.

II.16 Héyam duhkham an-āgatam
La douleur à venir peut être évitée.

II.17 Drashtri-drishayoh samyogo héya-hétuh
L’identification entre celui qui voit et ce qui est vu consistue la cause première de la douleur qui peut être évitée.

II.18 Prakāasha-kriyā-sthiti-shīlam bhūta-indriya-ātmakam bhoga-aparvarga-artham dri-shyam
Le monde matériel se manifeste dans l’immobilité, l’activité ou la clarté. Les éléments naturels et les organes sensoriels le composent. La raison de cette manifestation est d’en jouir ou de s’en libérer.

II.19 Vishésha-avishésha-lingamātra-alingāni guna-parvāni
L’activité des Gunas se manifeste à des niveaux différents sur des éléments grossiers ou subtils, manifestés ou non.

II.20 Drashtā drishi-mātrah shuddho ’pi pra-tyaya-anupashyah
Drashtar, celui qui voit, est uniquement le pouvoir de voir. Mais bien que pur, il est témoin de ce qu’il voit.

II.21 Ted-artha éva drishyasya āsmā
La raison d’être de ce qui est vu est seulement d’être vu.

II.22 Krita-artham prati nashtam apy a-nash-tam tad anya-sādhārana-tvāt
Pour celui qui atteint ce but, cela disparait, mais continue d’exister pour les autres.

II.23 Sva-svāmi-shaktyoh svarūpa-upalabdhi-hétuh sam-yogah
Le Samyoga permet de comprendre la nature propre de ces deux facultés, celle de voir et celle d’être vu.

II.24 Tasya hétur avidyā
La non-connaissance du réel est la cause de cette confusion entre les deux.

II.25 Tad-abhāvāt samyoga-abhāvo hānam tad drishéh kaīvalyam
Quand la non-connaissance du réel disparaît, disparaît aussi l’identification du spectateur et du spectacle. Alors le spectacle n’a plus d’existence. C’est la libération du spectateur.

II.26 Vivéka-khyātir a-viplavā hāna-upāyah
Le discernement, pratiqué de façon ininterrompue, est le moyen de mettre fin à l’inconnaissance du réel.

II. 27 Tasya sapta-dhā prānta-bhūmi prajnā
La connaissance de celui qui pratique la discrimination devient graduellement sans limites.

II.28 Yoga-anga-anushthānād ashuddhi-kshayé jnâna-dīptir ā vivéka-khyāteh
Quand les impuretés du mental sont détruites par la pratique du Yoga, la lumière de la connaissance donne à l’esprit la discrimination.

II.29 Yama-niyama-āsana-prānāyāma-pratyāra-dhārana-dhyāna-samādhayo asthāv angā-ni
Les huit membres du yoga sont :
* Les règles de vie dans la relation aux autres.
* Les règles de vie dans la relation à soi-même.
* La pratique de la posture.
* La pratique de la respiration.
* L’écoute intérieure.
* L’exercice de la concentration.
* La méditation.
* L’état d’unité.

II.30 Ahimsā-satya-astéya-brahmacharya-apa-rigrahā yamāh
Les Yamas sont la non-violence, la vérité, le désintéressement, la modération, le refus des possessions inutiles.

II.31 Jāti-désha-kāla-samaya-anavacchinnāh sārva-bhaumā mahā-vratam
Ils constituent une règle universelle, car ils ne dépendent ni du mode d’existence, ni du lieu, ni de l’époque, ni des circonstances.

II.32 Shaucha-samtosha-tapah-svādhyāya-їsh-varapranidhānāni
Etre clair dans ses pensées et ses actes, être en paix avec ce que l’on vit, sans désires plus ou autre choses, pratiquer avec ardeur, apprendre à se connaître et à agir dans le mouvement de la vie, telles sont les règles de vie que propose le yoga.

II.33 Vitarka-bādhané pratipaksha-bhāvanam
Quand les pensées perturbent ces attitudes, il faut laisser se manifester le contraire.

II.34 Vitarkā himsā-ādayah krita-kārita-anumo-ditā lobha-krodha-moha-pūrvakā mridu-madhya-adhimātrā dukha-ajnāna-ananta-phalā iti pratipaksha-bhāvanam
Ces pensées, comme la violence, qu’on la vive, la provoque ou l’approuve, sont causées par l’impatience, la colère et l’erreur. Qu’elles soient faibles, moyennes ou fortes, elles engendrent une souffrance et une confusion qui n’ont pas de fin. Méditer sur le connaitre empêche cela.

II.35 Ahimsā-pratishthāyam tat-samnidhan vaīra-tyāgah
Si quelqu’un est installé dans la non-violence, autour de lui, l’hostilité disparaît.

II.36 Satya-pratishthāyām kriyā-phala-āshraya-tvam
Quand on est établi dans un état de vérité, l’action porte des fruits appropriés.

II.37 Astéya-pratishthāyām srava-ratna-upa-sthānam
Quand le désir de prendre disparaît, les joyaux apparaissent.

II.38 Brahmacharya-pratishthāyām vīra-lābhah
Etre établi dans la modération donne une bonne énergie de vie.

II.39 Aparigraha-sthaīryé janma kathamtā-sambodhah
Celui qui se désintéresse de l’acquisition de biens inutiles connaît la signification de la vie.

II.40 Shauchāt svānga-jugupsā parair a-samsar-gah
La pureté nous amène à être détachés de notre corps et de celui des autres.

II.41 Sattva-shuddhi-saumanasya ékāgrya-in-driya-jaya-ātmadarshana-yogyatāni cha
Le fait d’être pur engendre la bonne humeur, la concentration d’esprit, la maîtrise des sens et la faculté d’être en relation avec la conscience profonde

II.42 Samtoshād an-uttamah sukha-lābhah
Par la pratique du Samtosha, on connaît le plus haut degré de bonheur.

II.43 Kāya-indriya-siddhir ashuddhi-kshayāt tapasah
Grâce à une pratique intense, qui entraine la destruction de l’impureté, on améliore considérablement le fonctionnement du corps et des sens

II.44 Svādhyāyād isthadévatā-samprayogah
L’état d’intériorisation permet l’union totale avec la divinité d’élection.

II.45 Samādhi-siddhir īshvara-pranidhānāt
Par l’abandon à Dieu, s’accomplit la réalisation du Samādhi.

II.46 Sthirasukham āsana
Āsana : être fermement établi dans un espace heureux (selon la très belle traduction de Gérard Blitz).

II.47 Prayatna-shaїtilya-ananta-samāpatti-bhyām
Grace a la méditation sur l’infini et au  renoncement à l’effort-volonté.

II.48 Tato dvanda-an-abhighâtah
A partir de cela, on n’est plus assailli par les dilemmes et les conflits.

II.49 Tasmin sati shvāsa-prashvāsayor gati-vic-chédah prānāyāmah
Ceci étant accompli, on expérimente le Prānāyama qui est l’arrêt des perturbations de la respiration.

II.50 Bāhya-ābhyantara-stambla-vrittir désha-kāla-samkhyābhih pari-drishto dїrgha-sūkshmah
Les mouvements de la respiration sont l’expire, l’inspire et la suspension. En portant l’attention sur l’endroit où se place la respiration, sur son amplitude et son rythme, on obtient un souffle allongé et subtil.

II.51 Bāhya-ābhyantara-vishaya-ākshépī caturhah
Une quatrième modalité de la respiration dépasse le plan de conscience ou l’on distingue inspire et expire.

II.52 Tatah kshīyaté prakāsha-āvaranam
Alors, ce qui cache la lumière se dissipe.

II.53 Dhāranāsu cha yogyatā manasah
Et l’esprit devient capable des diverses formes de concentration.

II.54 Svavishaya-asamprayogé chitta-svarūpa-anukāra iva indryānām pratyāhārah
Quand le mental n’est plus identifié avec son champ d’expérience, il y a comme une réorientation des sens vers le Soi.

II.55 Tatah paramā vashyatā indriyānām
Alors les sens sont parfaitement maȋtrisés.