Ouadi Qadisha, Vallée sainte.

L’Erosion a creusé sur le versant occidental du mont Liban de profondes entailles orientées vers la mer. Le modelé rythmique du paysage s’accentue du sud au nord, jusqu’aux dénivelés spectaculaires de la Ouadi Qadisha, la Vallée sainte.
Ici, au bord d’une falaise, le paysage cisaillé entraîne le regard à des centaines de mètres, vers la pénombre d’un torrent. Attiré en amont plutôt qu’en aval, il découvre le plateau des cèdres de Dieu, qui, à 2.000 mètres d’altitude, s’étend comme une immense loggia tournée vers l’ouest avec une vue plongeante sur la Méditerranée. À l’est, le plateau est entouré d’un cirque de montagnes, les plus hautes du Proche-Orient. Vallée et plateau constituent le site du patrimoine mondial Ouadi Qadisha ou Vallée sainte et forêt des cèdres de Dieu (Horsh Arz el Rab).
Dans cette vallée, les hameaux et villages, accrochés sur les flancs escarpés, vivent en autarcie. Des terrasses propices à l’agriculture dans ce milieu hostile se succèdent par endroits et disparaissent dès que la pente devient presque verticale. Le paysage ainsi modelé et adouci, comme apprivoisé par l’homme, présente un rythme horizontal qui répond à la verticalité des parois.
Dans la vallée subsistent des vestiges d’installations monastiques et érémitiques remontant au Moyen Âge. Des abris-sous-roche sont aménagés en ermitages et en petits couvents, et des monastères s’étirent le long de ses versants ensoleillés et dans ses gorges inaccessibles.
L’inscription, entièrement justifiée, de la Ouadi Quadisha sur la Liste du patrimoine mondial en 1998 permet la conservation de ce milieu unique, mais également une nouvelle prise de conscience de sa valeur. Les riverains bénéficieront de la renaissance de cet environnement, figé dans sa désuétude depuis plus de deux siècles. Avec la disparition des conditions d’un certain mode de vie, cette vallée refuge était à l’abandon et son histoire même était légende.
Engageons-nous sur l’un des nombreux sentiers qui dévalent des villages cernant la falaise. Il longe des parois lisses, interrompues par la végétation, et notre regard s’enfonce, de plus en plus profondément, dans l’espace et dans le temps.
C’est ainsi qu’une visite de cette vallée stimule l’imagination. Elle provoque aussi l’étonnement face aux efforts dont l’homme est capable pour assurer sa survie ou, comme ici, sa sanctification.....
          Extrait du texte d'Alexis Moukarzel
Revue de UNESCO "Patrimoine Mondial N# 20"