Le serpent dans la mythologie



Dans la civilisation judéo-chrétienne, la simple évocation du serpent renvoie de prime abord au récit biblique relatif aux premiers hommes et à la malédiction divine. Il figure à la fois la tentation et Satan. Dans les mythes d'origine de nombreuses civilisations, le serpent occupe00 une place majeure et revêt une dimension spirituelle forte. Dans les civilisations africaine, australienne, amérindienne , indienne , il est ainsi acteur de la Création de l'univers, dieu ou héros civilisateur. Le serpent cosmique peut être mâle et femelle à la fois, représentation gémellaire, force créatrice et destructrice ou encore lien entre le Ciel et la Terre.




À l'origine du monde


Le serpent est présent dans la majorité des récits des civilisations anciennes, chez les Scandinaves comme chez les Bantous et de l'Asie à l'Amérique. Les Aborigènes d'Australie, qui nomment la cosmogonie le « Temps du Rêve », décrivent un serpent primordial issu de l'eau qui, par ses ondulations, façonna la terre, ses reliefs et les premières créatures, ancêtres et êtres qu'ils vénèrent.
Dans la mythologie indienne , le serpent Ananta (Sesha) se tient, lové, à la base de l'univers. Il repose sur les eaux primordiales et accueille le sommeil cosmique de la divinité Vishnu, sous sa forme Narayana, premier stade de la conscience, après chaque cycle de destruction et avant qu'un nouveau cycle de régénération ne se mette en route sous l'impulsion de Brahma le créateur.
En Afrique noire, le serpent est également très présent dans les mythes fondateurs. Le dieu d'Eau des Dogon, le Nommo, sorte de serpent-anguille, est à la base de la Création dans cette partie d'Afrique de l'Ouest ; Dan, au Bénin, est une très ancienne divinité présente au sein du culte vaudou et invoquée en période de sécheresse. Cette puissance serpent est apparue à la Création de l'univers et en assure le soutien. Dans le vaudou haïtien qui lui voue un culte, son nom est Damballah Wedo, esprit de la connaissance et de la fertilité.
Quetzalcóatl, le Serpent à plumes des Toltèques et des Aztèques, Kukulkan pour les Mayas, est le dieu suprême de la Mésoamérique, dieu capable de résurrection et de réincarnation.
Atoum, dont le culte avait lieu à Thèbes , en Égypte, a généré la Création par son crachat ; or il est figuré comme un serpent. En Égypte toujours, dans la cosmogonie d'Hermopolis, ce sont quatre grenouilles mâles et quatre serpents femelles qui incarnent les forces de la Création.
Selon la mythologie chinoise, Fuxi et Nuwa forment un couple ? frère-s?ur ou époux-épouse ? de divinités civilisatrices à l'origine des humains, de l'ordre terrestre mais aussi de la transmission de nombreuses connaissances. Représentés avec des corps de serpents, ils s'enroulent pour s'unir.
Le serpent peut par ailleurs intervenir comme héros civilisateur : le Nommo a offert aux Dogon les céréales ; Quetzalcóatl est le dieu qui a apporté aux hommes le maïs, le calendrier et bien d'autres connaissances. Son sang symbolise la pluie nourricière. Un mythe aztèque relate le sacrifice de Quetzalcóatl pour créer le cinquième monde ? celui dans lequel nous vivons.
Dans la mythologie hindoue enfin, le roi des nâga (serpents anthropomorphes) est utilisé par les dieux pour baratter la mer de lait d'où jailliront des créatures exceptionnelles et le nectar d'immortalité.


Le serpent et la destruction


Toutefois, perçu comme une force du mal et des ténèbres, une divinité chthonienne, le serpent est également destructeur. Il peut alors constituer une menace à l'ordre du monde, un être à combattre. C'est Apophis, le serpent des Égyptiens contre lequel combat le dieu solaire Rê ; Acheloos, le fleuve de la Grèce antique, qui se mue en serpent face à Héraclès ou encore Typhon, le serpent géant à cent têtes, que Zeus doit affronter pour établir l'ordre dans l'univers et asseoir son pouvoir. C'est aussi cette facette sombre qu'illustre le combat de Persée contre le serpent-dragon marin envoyé par Poséidon, combat dont le prix est le salut de la belle Andromède, attachée sur un rocher et devant être offerte en victime expiatoire au dieu marin.
Dans la mythologie nordique, Jörmungand, fruit de l'union du dieu Loki et de la géante Angrboda, est un serpent géant et monstrueux. Jeté dans l'océan par le dieu Odin, il grandit fabuleusement et enserre le monde dans ses anneaux. Lors du Ragnarök, le cataclysme final, Jörmungand réapparaîtra et sera tué par Thor. L'autre serpent fameux de cette mythologie, Nídhögg, se nourrit des racines d'Yggdrasil, l'Arbre du monde et de la connaissance, qui fait office d'axe de l'univers.


Un symbole fort


Le serpent est, selon Bachelard, « un des plus importants archétypes de l'âme humaine » , d'autant qu'on le place généralement au début de la chaîne génétique.
Il est représentation de l'infini, à l'image d'Ananta, le serpent nâga de la mythologie indienne , dont le nom signifie « celui qui n'a pas de fin ». L'Ouroboros, symbole très ancien déjà attesté en Mésopotamie et représenté par un serpent qui se mord la queue, incarne l'autofécondation, le cycle perpétuel du commencement et de la fin. Cette notion d'éternel recommencement est représentée chez les Égyptiens par Apophis, qui chaque nuit combat Rê, avale la barque solaire et la recrache lorsque l'aube paraît. Pour l'affronter, Rê se transforme lui-même en serpent, prenant la forme d'Atoum Rê.
Mais le serpent est aussi énergie créatrice à l'instar de la kundalini, cette énergie lovée à la base de la colonne vertébrale qui, selon les pratiques yogiques, s'éveille en libérant les chakras l'un après l'autre, tel un serpent qui s'éveillerait et se redresserait, manifestant ainsi le renouvellement de la vie.
Ailleurs, il est symbole de fécondité : les peuples de la côte guinéenne lui vouent un culte tant en période de sécheresse que lors d'inondations. Dans certaines tribus amérindiennes , des serpents sont utilisés pour remédier à la stérilité des femmes. Divinité des nuages, de la pluie, des eaux, le serpent est, dans les religions anciennes, invoqué pour apporter la fertilité. Il est le génie du sol. À Sumer, et en particulier à Lagash, une divinité de la végétation, dieu serpent nommé Ningishzida, incarne l'Arbre de vie.


Le serpent, attribut de guérison et de sagesse


Le serpent est enfin l'attribut de divinités, de prêtres ou de prêtresses. Il est un esprit protecteur, un esprit gardien et revêt de multiples aspects. On le retrouve dans la statuaire, comme protecteur du pharaon sous la forme de l'uraeus, un cobra femelle porté sur le front, mais aussi comme compagnon du bouddha ; le dieu hindou Shiva bénéficie de la puissance du serpent enroulé autour de la corde de son arc, et l'animal est associé au culte du dieu. En Asie, assimilé au dragon, il symbolise tout à la fois le pouvoir et la sagesse.
Le serpent est souvent associé à la femme. Ainsi, en Égypte, la déesse Ouadjet est représentée sous la forme d'un cobra et Renenoutet, déesse des moissons, est une déesse serpent.
Attribué au fils d'Apollon Asclepios (Esculape), puis au dieu Hermès, le caducée, représenté par un serpent enroulé autour d'un bâton, surmonté plus tard du miroir de la Prudence, est en Grèce puis dans la culture occidentale le symbole de la médecine. Le temple d'Épidaure, où un culte était rendu à Asclepios, regorgeait d'ailleurs de serpents.
Oracle d'Apollon à Delphes, la pythie officiait en présence d'un python. Le serpent sacré de l'Acropole d' Athènes quant à lui rappelait aux Athéniens que le premier roi, Cécrops, était mi-homme mi-serpent.